En 2024, je me suis enfin lancée à l’aventure en Australie. Un rêve qui mûrissait depuis longtemps et qui allait enfin devenir réalité. Fidèle à mon habitude de voyager via le volontariat, j’ai posé mes valises pour un mois dans une ferme biologique près de Penguin, en Tasmanie.
Mon quotidien sur place : prendre soin des cochons et des poules, améliorer l’intérieur du bus où logent les volontaires… mais aussi et surtout, en repeindre intégralement l’extérieur. Challenge accepted !
Après avoir réalisé ma toute première fresque murale à Porto Cristo en septembre dernier, j’avais hâte de retenter l’expérience du grand format. Je n’avais encore jamais peint sur un véhicule, et encore moins sur une surface aussi complexe, mais l’adrénaline de Majorque était encore là.
Le propriétaire souhaite un champ de tournesols, clin d’œil à ceux qui poussent à la ferme et qui font la renommée du lieu. C’est parti !
Après avoir défini ma palette de couleurs, le chantier commence. Première étape, et pas des moindres : un nettoyage intensif du bus au Karcher. Une fois la surface propre, place à la sous-couche blanche sur toute la carrosserie pour préparer ma future toile géante.
Vient enfin le moment de peindre les tournesols. Pour une fois, je décide de mettre mon cerveau de côté et de laisser parler mes émotions. C’est un exercice radicalement différent de mon travail habituel. En illustration botanique et scientifique, chaque détail compte, chaque trait est calculé… en fait, tout est dans le contrôle absolu.
Alors qu’ici, c’est tout l’inverse. Je laisse les couleurs se mélanger d’elles-mêmes sur mon assiette, avant de les mettre généreusement sur mon gros pinceau. Et c’est un vrai plaisir ! C’est une expérience décontractante, presque libératrice pour moi.
Une fois le champ de tournesols terminé, je décide d’ajouter un ciel bleu parsemé de quelques nuages. Mon envie ? Que le bus se fonde littéralement dans la nature environnante. Pour cela, j’utilise un rouleau chargé de bleu et de blanc : les nuages semblent se créer d’eux-mêmes au fil du mouvement. La magie opére ! Le bus commence à disparaître pour s’intégrer dans le paysage.
Mais peindre sur une telle surface n’est pas de tout repos pour le corps. À force d’enchaîner les mouvements amples et répétés, j’ai fini par déclencher une sévère crampe de l’écrivain. La tension dans mon avant-bras est devenue si intense que j’avais des fourmillements permanents pendant plusieurs jours.
J’ai dû m’imposer une pause forcée et passer par la case « dry needling » (une technique d’aiguilles pour relâcher les muscles). Une expérience franchement douloureuse qui m’était inconnue jusqu’ici, mais nécessaire pour pouvoir reprendre mes pinceaux et terminer ce que j’avais commencé.
Peindre ce bus à l’autre bout du monde a été le point d’orgue de mon aventure australienne. Cette expérience m’a appris à lâcher prise et à oser changer d’échelle.
Je repars avec des couleurs plein les yeux et une certitude : peu importe le support, du papier coton à la carrosserie d’un vieux bus, l’important est de laisser une trace du beau là où on passe. J’espère avoir de nouveau la chance de peindre en grand un jour !